Allergies aux médicaments: un virus met son grain de sel

Le réveil de virus dormants serait impliqué dans des réactions d’hypersensibilité aux médicaments, selon une nouvelle étude française.
Faut-il encore parler d’allergie médicamenteuse quand certains patients, dits hypersensibles, font une réaction sévère à un médicament? Pas toujours, d’après les travaux de Philippe Musette, du CHU de Rouen (Inserm) et de ses collaborateurs. Au moins dans certains cas, ce n’est pas un mécanisme d’allergie classique qui est à l’œuvre mais une réaction déclenchée par le réveil d’un virus présent à l’état latent dans l’organisme, expliquent ces chercheurs.
 (Jaubert/Sipa)
 
L’allergie se définit par une réaction du système immunitaire à un agent normalement inoffensif -une protéine présente dans l’alimentation, ou un pollen- jugé dangereux par l’organisme. Il se produit alors des symptômes du type urticaire, eczéma, rhinite…

Chez certains patients, des médicaments (antibiotiques par exemple) déclenchent ce type de réactions immunitaires. Cependant, chez des personnes qui souffrent d’une forme sévère d’hypersensibilité aux médicaments (le DRESS), ce n’est pas contre le médicament que réagirait le système immunitaire, explique Philippe Musette, mais contre
un virus réveillé par le médicament.

Les chercheurs de l’Inserm et de plusieurs hôpitaux français, ont suivi une cohorte de 40 patients atteints de ce syndrome d’hypersensibilité. En plus de la réaction cutanée, ils souffrent de fièvre, de ganglions, et d’atteintes au foie, aux poumons et aux reins. «
Leurs symptômes sont proches de ceux d’une infection par le virus Epstein Barr (EBV), un virus de la famille Herpès» précise Philippe Musette.

De fait chez ces patients la réaction d’hypersensibilité s’accompagne d’une augmentation du virus dans le sang et d’une réaction immunitaire spécifique dirigée contre l’EBV. «
Nous avons observé in vitro que les médicaments incriminés pouvaient réactiver le virus Epstein Barr, qui est présent sous forme dormante dans les lymphocytes B de plus de 90% de la population» complète le chercheur de Rouen.

Reste à comprendre pourquoi
la réactivation de l’EBV ne se produit que chez certaines personnes. «Nous avons des pistes génétiques, indique Philippe Musette. Nous voulons maintenant trouver les causes de cette réactivation virale et les prouver in vitro puis in vivo chez la souris».

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.fr
26/08/10

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