Un médicament utilisé dans le traitement du VIH efficace contre les virus herpès

Les résultats d’une nouvelle étude publiée dans le journal Proceedings of the National Academies of Sciences (PNAS) démontrent que le raltegravir, un médicament approuvé en 2007 pour le traitement du virus du SIDA et commercialisé sous le nom d’Isentress par Merck, est capable d’inhiber la fonctionnalité d’une protéine essentielle dans la réplication d’un des virus de la famille herpès. Ce travail a été effectué par des chercheurs de l’Institut de Recherche en Biomédecine à Barcelone en Espagne en collaboration avec l’équipe de Darren Hart à l’EMBL de Grenoble.

Raltégravir - N-(2-(4-(4-fluorobenzylcarbamoyl) -5-hydroxy-1-methyl-6-oxo-1,6-dihydropyrimidin -2-yl)propan-2-yl)-5-methyl -1,3,4-oxadiazole-2-carboxamide
Illustration: Dpersohn - licence Creative Commons

La famille des virus herpès comprend plusieurs types de pathogènes tels que les virus herpès simplex 1 et 2, le virus varicelle-zona, le virus Epstein-Barr, le virus de la roséole, le cytomégalovirus, le virus associé au Sarcome de Kaposi chez les patients au stade SIDA,... Le cytomégalovirus humain (HCMV) sur lequel porte cette étude est présent chez près de 90% des adultes et cause des pathologies dès que le système immunitaire est affaibli (cancer, SIDA, transplantation et nouveaux-nés). Il est responsable de désordres neurologiques chez 1% des nouveaux-nés dans les pays riches, il est associé à la cécité chez 25% des patients au stade SIDA, ou encore il est responsable de la mononucléose et de sérieuses pathologies de la gorge.

Pour se répliquer, le virus herpès entre dans le noyau d’une cellule et utilise la machinerie de l’hôte pour copier son ADN plusieurs fois sur une même chaine. Dès que les copies sont créées, un complexe protéique appelé terminase coupe le nouvel ADN en plusieurs fragments correspondant chacun au matériel génétique d’un seul virus. La terminase intègre alors chacun de ces fragments dans une capside vide formée également dans le noyau pour reconstituer le virus herpès entier. Les nouveaux virus fonctionnels quittent la cellule hôte pour infecter d’autres cellules et recommencer le cycle. En analysant les structures protéiques tridimensionnelles des composants de la terminase, les scientifiques se sont aperçus que la sous-unité UL89 ressemblait fortement à l’intégrase du virus du SIDA, protéine permettant l’intégration du matériel génétique du virus dans la cellule hôte infectée et dont l’activité est bloquée par le raltégravir.

Du fait de la ressemblance entre l’intégrase et ce composant de la terminase, les chercheurs ont montré une action efficace du raltégravir bloquant la fonctionnalité de la terminase et donc de la réplication du HCMV. Ces données sont médicalement intéressantes puisque tous les virus de la famille herpès possédent cette protéine. De plus, la terminase est une protéine uniquement virale et le médicament raltégravir est déjà sur le marché facilitant son exploitation et limitant ses effets secondaires et sa toxicité.

Auteur de l’article: Pierre-Alain Rubbo

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